D’infirmière à experte en prévention des infections : une carrière dédiée à la santé
Arrivée au début des années 1990 en Suisse, Martine Saramon Sudan a passé plus de trente-cinq ans dans les hôpitaux fribourgeois, d’abord à Riaz puis à Fribourg. Fin avril, elle arpentera une dernière fois les couloirs pour aller à la rencontre des équipes – ce contact humain qu’elle a tant apprécié – avant de rendre son badge et de profiter d’une retraite bien méritée.
Lorsqu’elle évoque son parcours, son accent chantant invite au souvenir. Martine Saramon Sudan a débuté sa carrière dans le sud de la France. Son diplôme de l’Ecole d’infirmière d’Auch en poche, elle est engagée en tant qu’infirmière de blocs opératoires à l’Hôpital Lapeyronie de Montpellier, alors tout juste inauguré.
« Travailler dans le domaine médical n’était pas du tout une vocation; c’est le hasard et les circonstances de la vie qui m’y ont mené, et j’y ai trouvé ma voie » - Martine Saramon Sudan
Après une expérience écourtée aux Etats-Unis et quelques mois d’intérim, elle ressent le besoin de retrouver un rythme plus calme et de meilleures conditions de travail. C’est alors qu’une amie, installée à la Chaux-de-Fonds, lui parle de notre pays. Martine Saramon Sudan contacte son agence de placement. « Deux jours plus tard, ils me disaient : "Il y a un poste d’infirmière instrumentiste au bloc opératoire de Riaz". Alors, j’ai acheté une carte de la Suisse, j’ai pris ma Peugeot, ma couverture, mes casseroles et je suis venue ! » C’était en 1991 et, depuis, elle n’a plus jamais quitté notre beau canton.
Martine Saramon Sudan restera près de dix ans à l’hôpital de la Gruyère à Riaz. Elle y découvre la culture suisse et les défis liés à l’intégration. Grâce à son engagement et à son professionnalisme, elle gagne l’estime de ses collègues et s’épanouit au bloc opératoire. Au fil des ans, elle diversifie ses compétences d’instrumentiste dans plusieurs spécialités, se forme à la stérilisation hospitalière (niveau un) et obtient le titre d’infirmière de salle d’opération en 1994. Ses journées sont bien rôdées et elle enchaîne les interventions, sans pause. « Les années ont passées, le rythme de travail a augmenté et on est arrivé à un sous-effectif. Et là, j’ai senti qu’il fallait que je lève le pied car je frôlais un peu l’épuisement professionnel. »
L’instrumentiste décide de quitter les salles d’opération, elle souhaite évoluer et découvrir d’autres aspects du domaine de la santé. Elle se forme alors à la prévention des infections et suit le niveau deux de la formation de stérilisation hospitalière. Par un heureux hasard, elle rencontre la responsable de la stérilisation de l’hôpital cantonal qui recherche une nouvelle ajointe. Martine Saramon Sudan saisit l’opportunité et débarque en 2001 à Fribourg. Elle ne travaillera que quelques mois à la Stérilisation centrale et profitera du départ à la retraite d’une collaboratrice pour reprendre le poste d’infirmière à l’Unité de prévention et de contrôle de l’infection (UPCI).
Dans cette nouvelle fonction, l’infirmière de salles d’opération n’a pas de réelle expérience pratique en prévention des infections mais connaît la théorie. Le Prof. Christian Chuard, alors médecin infectiologue et responsable de l’UPCI, la prend sous son aile. « Je travaillais comme seule infirmière à la prévention des infections avec le Prof. Chuard. Avec lui, j’ai appris mon métier. J’ai appris à développer mon esprit critique et à me positionner en tant qu’experte. » Son nouveau rôle doit rester un métier de terrain et c’est ce qui l’anime : « Ce que je préfère, c’est aller à la rencontre des gens. Cela me permet de comprendre leur réalité afin que je puisse leur proposer des mesures applicables. » Parallèlement à sa fonction, elle se voit confier le rôle de personne de contact pour la matériovigilance, en raison de sa formation en stérilisation.
En 2007, l’hôpital fribourgeois (HFR) est créé. Une équipe transversale, multisite et bilingue est constituée pour faire face à la charge de travail en augmentation et à l’émergence des bactéries multirésistantes. L’infirmière experte en prévention des infections prend la tête de l’UPCI en 2009 et participe au développement de son cahier des charges comme de son organisation. Elle suit également des cours complémentaires au sein de l’HFR et passe son brevet fédéral de Management de proximité. Son travail est très stimulant, confie-t-elle, et elle est enthousiaste à l’idée de pouvoir valoriser l’Unité. « J’avais vraiment envie de faire connaitre cette UPCI. On est dans une approche préventive donc ce n’est pas autant flamboyant que les Urgences ou les soins intensifs qui sauvent des vies, et on n’a pas de résultats immédiats, mais on rend service à la population. » Cette motivation ne l’a jamais quittée jusqu’à aujourd’hui.
A l’HFR, Martine Saramon Sudan trouve aussi une structure à taille humaine. « Ce côté très spontané : chercher le contact, établir une relation de confiance et être identifiée, je trouve qu’on peut le faire ici. » L’UPCI étant un service support, la collaboration et le contact avec les cadres et les collaborateurs sont primordiaux. « Je trouve que l’hôpital a une bonne dimension et on arrive à comprendre de manière assez simple où sont les personnes-clés pour nous aider. Les identifier, c’est important et c’est un levier de succès. Moi, j’y attache beaucoup d’importance. » Elle tient d’ailleurs à saluer toutes les personnes qu’elle a rencontrées et côtoyées durant toutes ces années.
En évoquant son avenir, Martine Saramon Sudan a quelques pistes. Elle prévoit peut-être d’ouvrir un café associatif dans son village d’origine, de faire du bénévolat ou encore de continuer de « gratouiller la terre » dans son jardin. Autant attachée à son pays d’origine qu’à son pays d’adoption, elle se voit naviguer entre les deux. En attendant, une chose est sûre, c’est qu’elle se réjouit de se reposer !