De jour comme de nuit : nouvelles connaissances sur l’apnée du sommeil
Une étude menée avec la participation du pneumologue Brice Touilloux de l’HFR démontre pour la première fois le lien entre la dyspnée et l’apnée du sommeil. Quelque 1200 volontaires parmi la population ont contribué à la publication de ces nouvelles connaissances dans une revue spécialisée internationale.
Le sommeil et l’état de veille sont liés. Personne ne le sait mieux que le Dr Brice Touilloux, médecin adjoint en pneumologie et somnologue à l’HFR. Nous passons jusqu’à un tiers de notre vie à dormir, preuve de l’importance de cet état de repos. « Le sommeil est l’état naturel de l’être humain ; l’état de veille ne sert qu’à nous y préparer », déclare ainsi l’expert du sommeil, sourire aux lèvres.
C’est ce lien entre l’état de veille et le sommeil qui est au cœur des travaux de recherche de Brice Touilloux et de son confrère, le Dr Stéphane Mouraux, du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Les résultats sont si significatifs qu’ils ont récemment été publiés dans une revue spécialisée internationale. Les deux chercheurs ont pu démontrer que la dyspnée (détresse respiratoire) pendant la journée constitue un indicateur d’apnée (arrêts respiratoires) durant la nuit. Ils ont ainsi été les premiers à prouver ce lien. Cette découverte est importante à double titre : elle permet d’améliorer la détection et le traitement des apnées du sommeil, tout en fournissant des pistes précieuses pour la recherche fondamentale.
Originaire de Fribourg, Brice Touilloux apprécie la proximité de l’HFR avec le Centre hospitalier universitaire vaudois et l’Hôpital universitaire de Berne, car elle ouvre des perspectives de recherche. Quelque 1200 volontaires de la cohorte « CoLaus I HypnoLaus » à Lausanne ont participé à l’étude sur l’apnée du sommeil. Si le terme « cohorte » peut sembler rébarbatif, il constitue en réalité une véritable mine d’or pour la recherche scientifique. En participant à des tests sur une longue période, ces volontaires contribuent en effet de manière essentielle à la science. Grâce au grand nombre de participant-e-s, il est possible de confirmer ou d’infirmer des hypothèses, comme ce fut le cas pour le lien entre une respiration difficile pendant la journée et des arrêts respiratoires nocturnes.
Réaliser une expérience sur le sommeil avec autant de volontaires était un véritable défi. Si les mesures avaient été effectuées comme à l’accoutumée dans un laboratoire du sommeil, celui-ci aurait été monopolisé pendant plusieurs années. Au bout du compte, les mesures ont été réalisées à domicile avec des appareils mobiles ; 1200 foyers lausannois ont ainsi servi de laboratoire du sommeil, le temps d’une nuit.
Maintenant que le lien entre la dyspnée pendant la journée et l’apnée durant la nuit est établi, une nouvelle question se pose : pourquoi ? Une première hypothèse suppose une réaction exagérée du système nerveux autonome et du cerveau en raison de la détresse respiratoire diurne. Cette même réaction exagérée pourrait également expliquer pourquoi toutes les personnes ne réagissent pas de la même manière à la détresse respiratoire, une question qui préoccupe les pneumologues et pour laquelle il n’existe encore aucune réponse concluante. Le lien entre le jour et la nuit est complexe.