Alimentation anti-inflammatoire et autres régimes en vogue : mythes marketing ou vrais leviers santé ?
Que penser des tendances comme l’alimentation anti-inflammatoire ? À l’HFR, les diététiciens et diététiciennes spécialisées fournissent des informations et des recommandations fondées, car les solutions miracles n’existent pas en matière de nutrition.
Aujourd’hui, une personne qui s’intéresse à une alimentation saine consultera en premier lieu son smartphone. Internet, les applications d’intelligence artificielle et les réseaux sociaux influencent de plus en plus notre perception d’une alimentation équilibrée. Cette nouvelle pratique ne s’avère pas toujours bénéfique, les informations scientifiques, le marketing et la quête de visibilité s’entremêlant dans un ensemble difficile à décrypter. L’équipe diététique de l’HFR fait le même constat : avant de se rendre en consultation, un grand nombre de patient-e-s a déjà collecté des informations sur Internet.
L’alimentation « anti-inflammatoire » suscite actuellement un intérêt croissant. De prime abord, cette approche semble parfaitement sensée. Pourtant, en s’informant dans le monde numérique, on constate rapidement que les conseils donnés s’avèrent souvent contradictoires. Faut-il privilégier les sardines, l’ail ou une tartinade spécifique ? Sans compter que le sujet peut dériver vers des pilules et autres poudres que l’on peut acheter, promettant des effets extraordinaires. Alors un regard critique s’impose.
Parmi le flot d’informations, Dehlia Neuenschwander, diététicienne à l’HFR, distingue rapidement les contenus pertinents du reste. Et interroge : « Parle-t-on d’alimentation anti-inflammatoire ou d’inflammation ? »
En toute logique, il faut être en présence d’une inflammation pour qu’un régime anti-inflammatoire produise un effet. « Nous souffrons toutes et tous d’inflammations de temps à autre, c’est un phénomène normal, explique-t-elle. Une inflammation aiguë permet au corps de se défendre contre un agent pathogène : lorsqu’il est éliminé, l’inflammation s’atténue. En revanche, la situation se complique lorsque les inflammations deviennent chroniques. »
Conséquences coûteuses voire néfastes
Les inflammations chroniques peuvent avoir des effets négatifs sur de nombreuses parties du corps, notamment le cœur, le mental, le cerveau et l’appareil locomoteur. Plusieurs facteurs les favorisent, comme le stress, le manque d’activité physique ou de sommeil, ainsi qu’une alimentation déséquilibrée. De ce point de vue, il est donc vrai que l’alimentation joue un rôle important pour notre santé. En revanche, l’idée selon laquelle l’alimentation exercerait un effet globalement anti-inflammatoire est trop réductrice.
Google et d’autres acteurs numériques contribuent encore à la diffusion de tels mythes sur l’alimentation. Si, dans le meilleur des cas, ces idées restent inoffensives, elles peuvent également entraîner des conséquences coûteuses, voire néfastes.
Les personnes qui, sans souffrir d’intolérance au gluten, achètent des produits sans gluten parce qu’une influenceuse ou un influenceur en fait la promotion, dépensent leur argent inutilement.
Adopter une alimentation cétogène comporte aussi des risques pour la santé. Ce mode d’alimentation, présenté comme inspiré de l’âge de pierre, privilégie, ironiquement, surtout les graisses et la viande. Un tel régime n’est indiqué que dans des situations exceptionnelles et sous supervision médicale, notamment chez les enfants souffrant de certaines formes d’épilepsie. L’alimentation cétogène ne fait pas partie des approches utilisées à l’HFR.
Autre problématique : le jeûne intermittent, qui consiste à alterner des périodes de prise alimentaire et des périodes de jeûnes. Cette pratique peut sembler sans risque. Elle peut pourtant favoriser l’apparition d’un comportement alimentaire perturbé. Les personnes suivant un jeûne intermittent auront tendance à réprimer leurs signaux naturels de faim. Ceci peut entraîner des fringales et des grignotages incontrôlées, aussi durant le jeûne. « Ce régime n’est pas non plus conseillé sans le soutien d’un-e professionnel-le », indique la diététicienne.
Faire évoluer son mode de vie en douceur
Les conseils nutritionnels professionnels prodigués à l’HFR ouvrent une autre voie, et se distinguent à plusieurs égards des tendances de nutrition à la mode. Les objectifs personnels des patient-e-s constituent le point de départ de toute consultation, et l’approche ne se focalise pas sur certains aliments, mais sur le contexte de vie dans son ensemble.
Il ne s’agit pas d’adopter un régime strict à court terme, mais d’ajuster durablement les habitudes quotidiennes. Pour ces raisons, la diététique s’inscrit dans une approche multidisciplinaire abordant également l’activité physique et le bien-être psychique.
En définitive, une alimentation saine est en réalité simple : le régime équilibré traditionnel, aussi appelé régime méditerranéen, demeure une référence. Il repose sur une grande diversité alimentaire, privilégiant les fruits et légumes, les légumineuses, les huiles de qualité et une consommation limitée de viande et de produits transformés. « Aucune catégorie d’aliments n’est à supprimer totalement de son alimentation », précise encore Dehlia Neuenschwander.
Et si vous pensez être intolérant-e au gluten ou que vous avez du rhumatisme, préférez le conseil de spécialistes plutôt que celui de Google !