Cancer : bien se nourrir pour préserver ses forces

Catégorie : Spécialités
Rédigé par Sophie Roulin
Lundi 5 octobre 2026
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Perte d’appétit, nausées, altération du goût : les traitements contre le cancer compliquent souvent les repas. Pourtant, une alimentation adaptée reste essentielle pour préserver ses forces et soutenir l’organisme. C’est ce que rappellent deux spécialistes de l’HFR qui préviennent également contre les fausses croyances liées à la nutrition.

« Durant le traitement, le corps est fortement sollicité. Il a donc besoin de force et d’énergie », affirme la Dre Gisèle Montavon, cheffe de clinique au Service d’oncologie de l’HFR Fribourg et spécialiste en médecine intégrative. Pas de régime restrictif pendant cette période, mais principalement des conseils pour garder des apports suffisants afin de maintenir la masse musculaire, dont l’importance est désormais bien documentée.

« Les traitements oncologiques vont avoir un impact sur l’alimentation, souligne la Dre Gisèle Montavon. Ils provoquent souvent des troubles du goût, des nausées et une perte d’appétit. Le poids devient alors un indicateur facilitant le suivi. » Dès lors, comment maintenir ses forces lorsque les traitements perturbent l’alimentation ?

Astuces pour gérer les effets secondaires

« Durant cette période, il va être essentiel de favoriser des aliments riches en énergie et en protéines, afin de préserver au mieux la masse musculaire et les forces du ou de la patiente, répond Julie Vulliamy, diététicienne à l’HFR. L’objectif est de lui permettre de poursuivre ses traitements oncologiques dans les meilleures conditions possibles. »

En cas de manque d’appétit, il sera recommandé de fractionner les prises alimentaires, mais aussi d’enrichir les repas. « L’idée de ce dernier point est d’ajouter des calories, sans augmenter le volume du repas », souligne la diététicienne. En cas d’altération du goût, la personne peut être amenée à ajuster l’assaisonnement, par exemple en optant pour des épices plus prononcées, des herbes aromatiques ou en salant davantage.

En cas de nausées, l’oncologue encourage les malades à prendre les anti-nauséeux qui leur sont prescrits : « Parfois, des patient-e-s sont réticent-e-s à ajouter encore un médicament à un traitement déjà lourd. Nous leur expliquons alors que tout ce qui peut soulager leurs symptômes et améliorer leur qualité de vie est important. Les anti-nauséeux peuvent en effet permettre de traverser mieux les traitements qui sont souvent longs et de limiter la dénutrition avec son cortège de conséquences. »

En surpoids, mais dénutri

Car la dénutrition est un problème important dans les services oncologiques. Elle touche en moyenne près de 40% des patientes et patients traités, et jusqu’à 80% pour les cancers digestifs, selon les études disponibles. « Lorsque nous intervenons auprès du malade, il est fréquent que la dénutrition soit déjà présente », note Julie Vulliamy.

Et de souligner un élément qui peut sembler paradoxal : « Une personne peut être en surpoids, mais être dénutrie. Si ce qu’elle mange ne permet pas de couvrir ses besoins nutritionnels, alors elle peut perdre sa masse musculaire malgré un excès de tissu adipeux. » Le poids n’est donc pas un indicateur pertinent à lui seul. En cas de doute, il pourra être complété par une analyse de la composition corporelle.

Ni régime ni aliment miracle

Les deux spécialistes tirent aussi la sonnette d’alarme : les injonctions à la mode et les recommandations apparaissant sur les réseaux sociaux sont rarement de bon conseil. « Jeûne, régimes restrictifs, renoncement au sucre, cures de tel légume… les propositions ne manquent pas, relève Julie Vulliamy. Mais les régimes miracles pour soigner un cancer n’existent pas. »

Ces pratiques peuvent, en revanche, favoriser la dénutrition et entraîner une perte de poids importante. « Il faut parfois plusieurs séances pour déconstruire les fausses croyances, poursuit la diététicienne. Notre rôle est d’aider la personne à faire des choix éclairés, fondés sur les connaissances scientifiques actuelles et adaptés à sa situation personnelle. »

La Dre Gisèle Montavon abonde. Elle reçoit, elle aussi, en consultation des patient-e-s se questionnant sur les régimes alimentaires dans le contexte d’un cancer. « Sur la base des données scientifiques à disposition, nous discutons et nous réfléchissons ensemble à la balance bénéfices/risques. Si un régime particulier est mis en place, un accompagnement par un-e diététicien-ne est indispensable. »

Communiquer avec les professionnel-les 

En tous les cas, les deux spécialistes encouragent à échanger avec les professionnel-les de la santé qui les suivent. Elles conseillent de signaler également toute prise de compléments alimentaires ou à base de plantes.

« Le marché des compléments est un juteux business où la personne malade peut devenir une cible facile, indique la Dre Gisèle Montavon. Chaque complément alimentaire ou produit à base de plantes est à évaluer soigneusement dans le contexte oncologique. Il s’agit d’éviter les interactions avec les traitements oncologiques et de limiter les effets secondaires surajoutés et les complications. »

L’alimentation reste-t-elle malgré tout un outil de prévention ? « Oui, vraiment ! répond la Dre Gisèle Montavon. Sur le plan de la prévention du cancer et même après un diagnostic, il existe des recommandations claires édictées par le World Cancer Research Fund sur les aliments à favoriser ou à limiter. Et, de plus en plus d’études, principalement pour les cancers du sein et du côlon, montrent un impact en termes de survie lors de la pratique d’une activité physique régulière et adaptée, associée à une alimentation équilibrée. »

Pour aller plus loin

La ligue contre le cancer propose un site et deux brochures bien documentés sur cette thématique: alimentation.liguecancer.ch 

Les recommandations du World Cancer Research Fund se trouvent ici: https://www.wcrf.org/preventing-cancer/cancer-prevention/our-cancer-prevention-recommendations/.